Technique et conditions de travail

 

Atelier d’un coutelier, Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

Dans la boutique d’un coutelier de Paris, au premier plan un ouvrier couché sur une planche polit un rasoir pendant qu’un autre fait tourner la meule ; au deuxième plan,  l’ouvrier à droite fore à l’arçon pendant que celui à sa gauche lime. Au dernier plan, un ouvrier repasse un rasoir sur une pierre alors que la maitresse range de l’ouvrage.

Les 11 volumes de planches de l’Encyclopédie rendent compte d’un état des techniques qui n’a pas encore été bouleversé par l’introduction du moteur à explosion. Les seules énergies motrices domestiquées à cette époque sont l’eau ou le vent pour les moulins et l’homme ou l’animal pour les pompes ou les manivelles. Le but des encyclopédistes n’était pas de présenter les découvertes les plus récentes, mais de « rassembler les connaissances éparses sur la terre, d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous afin (…) que nos neveux deviennent plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux et que nous ne mourrions pas sans avoir bien mérité du genre humain » (Diderot, article « Encyclopédie »).

Cette planche de l’Encyclopédie illustre parfaitement le besoin d’une démultiplication de la force humaine pour mener à bien des travaux techniques. Ici, c’est le différentiel d’une grande roue reliée à une petite par une courroie qui la rend possible. Mais c’est encore l’homme qui fournit sa force.

Le développement machinique a précédé la découverte des moteurs thermiques. Tout se passe comme si tout était prêt et n’attendait plus que l’étincelle qui rendrait possible un développement productif, donnerait à l’atelier le moyen de son ambition : une énergie surhumaine. 

Cette gravure offre aussi l’occasion d’un débat sur l’évaluation des conditions de travail : peut-on déduire de cette posture inconfortable du polisseur de pénibles conditions de travail ? Elle peut aussi permettre d’en conduire un autre sur l’impact de la technique sur les conditions de travail.